Ictyos, la tannerie qui vous veut du bien!

Ictyos, la tannerie qui vous veut du bien!

Article Ictyos

Icytos, l’histoire d’une tannerie artisanale

À l’origine il y a trois ingénieurs sortis d’école avec l’envie de créer quelque chose de différent.

Benjamin, Emmanuel et Gauthier auraient pu suivre le schéma classique mais leur volonté était de changer le monde.

Au lieu de naviguer entre consulting et grandes entreprises, ils voulaient recycler des déchets de manière innovante. Ils souhaitaient un lien avec un travail, un savoir-faire artisanal engagé dans des actes écologistes allait changer la donne! 

Le cahier des charges est posé, l’idée viendra peu après… à travers une peau de poisson, sous-produit de l’agro-alimentaire.

L’aventure d’Ictyos commence (comme toutes les grandes aventures! ) dans le garage des parents de l’un d’entre eux en 2013. Avec l’envie teintée de naïveté de créer un produit qualitatif et intelligent.

Une levée de fonds de 100 000€ en 30 jours scellera le début du projet.

Julien Faure

Ictyos est une tannerie unique en son genre en France. L’entreprise a un angle de vue différent et une démarche basée sur la transparence de toute sa chaîne de valeur. Elle retrace en particulier l’origine de ses produits et donc du gisement de matière première: les peaux de poissons

“Jeter les peaux et mettre le cuir de côté avant d’arrêter de consommer de la viande ou du poisson est un acte suicidaire environnementalement.” Benjamin

Alors Ictyos invente les cuirs précieux de demain et nous apporte du beau en faisant le bien!

Aujourd’hui en France, 50 000 Tonnes de peaux de poissons partent à la poubelle chaque année, soit en incinération soit en enfouissement. Dans tous les cas, ce ne sont pas des ressources gérées. Or la loi sur la gestion des biodéchets change justement la donne sur le sujet. Elle amène de la contrainte aux filières, forcées progressivement de trouver des voies de valorisation.

Un travail collectif

Les partenariats entre Ictyos et les acteurs de la filière se font donc facilement.

Le premier obtient la matière première nécessaire à sa production. Les deuxièmes sont heureux de trouver une solution vertueuse à la gestion de leurs biodéchets. Les inscrivant ainsi dans une démarche circulaire prouvant leur bonne volonté à agir différemment tout en valorisant la bonne qualité de leur travail. Ces partenariats ne se font pas avec des élevages de grande densité. En effet, sinon les poissons y sont maltraités et par conséquent les peaux sont de mauvaise qualité. De même, pas de poissons trop jeunes, car les peaux sont trop petites. Dans les deux cas, non exploitables pour la production de cuir. 

Ce sont donc les restaurants de sushis de l’agglomération lyonnaise et leurs 50kg par semaine de peaux qui vont le mieux s’inscrire dans cette démarche circulaire et locale pour Ictyos. Pro-actifs, ils sont vigilants sur la qualité. 

Il faut savoir que la gestion des biodéchets a un coût élevé pour une entreprise. Cela engage une vraie responsabilité, c’est donc un partenariat gagnant / gagnant avec la tannerie. Cette dernière gère la logistique (avec l’aide des restaurants), leur simplifiant la vie au passage, et en échange, collecte gratuitement sa matière première. 

Nous noterons cependant deux freins à l’heure actuelle: la diversité des tailles de peaux ainsi que leurs gisements diffus.

Grâce à ce système, Ictyos et ses huit salariés ont donc créé une nouvelle filière. Une approche du métier de tanneur très engagée, locale et transparente. Ce nouveau matériau (le cuir de poissons) est issu d’une production à faible impact ayant pour ambition d’avoir une durabilité forte et d’éviter de gaspiller tout en proposant un produit qualitatif avec un grain unique, un cuir subtil et délicat. 

En partenariat avec l’industrie agro-alimentaire, quatre types de cuirs sont donc créés: le saumon, la carpe, la truite et l’esturgeon (via les producteurs de caviar). Ils représentent aujourd’hui 100kg de peaux traitées par semaine. Depuis la création de l’entreprise en 2013 ce sont 20 tonnes qui ont été revalorisées dont 10 tonnes pour l’année 2021 seulement ! La production qui est aujourd’hui parfaitement opérationnelle peut traiter jusqu’à 1000 cuirs par jour.

La recherche et le développement constituent les fondements d’Icytos

Leur travail de recherche et développement qui est à l’origine même de l’entreprise a permis de poser les fondements d’Ictyos. 

Benjamin, président et co-fondateur, a été chimiste aux Pays-Bas où il développait des peintures sans chrome pour l’industrie aéronautique. Sensibilisé à la dangerosité de cet élément chimique, c’est donc dès le départ que la volonté de travailler un tannage végétal ou metal free s’est imposée. 

Substituer les éléments chimiques au maximum pour être le plus renouvelable possible c’est donc trouver de nouveaux tannins végétaux dans le marc de café ou la drêche de bière par exemple. Revalorisant ainsi d’autres sous-produits alimentaires.  

L’empreinte environnementale du produit lors de sa fabrication est tout aussi importante que sa durabilité. L’objectif est de garder cette optique de ne surtout pas faire du jetable ! 

 

La volonté d’Ictyos est de travailler des cuirs multisensoriels aussi bien par leur odeur que leur toucher. 

Leurs peausseries font 0,8mm d’épaisseur en faisant une matière très fine, pourtant la structure du collagène présent dans la peau de poisson rend le cuir plus résistant qu’un cuir classique à épaisseur équivalente. Ce même collagène a également la grande vertu d’avoir une meilleure réaction au tannage végétal le rendant aussi rapide qu’un tannage chrome sur du veau … ! 

 

Si la R&D représentait à l’origine 100% de l’activité d’Ictyos elle est aujourd’hui présente sur 30 à 50% des postes de l’entreprise. Elle se concentre sur trois sujets de développement: 

  • de nouveaux cuirs ainsi que l’optimisation des existants
  • les couleurs et des techniques de coloration
  • le tannage avec de nouvelles techniques et de nouveaux tannins.

 

À travers son travail de R&D et sa prise en compte de l’ensemble de sa chaîne de valeur, Ictyos se positionne dans une logique de start-up. Lui permettant ainsi d’accéder à l’incubateur LVMH, La Maison des Start Ups à Station F. Ce programme d’accompagnement de 6 mois initialement leur sera d’ailleurs renouvelé pour une deuxième période. 

Il leur permettra de réinventer leur métier de tanneur, de le rajeunir, de le présenter et d’expliquer les process. Grâce à la digitalisation, ils réalisent 30% de leur chiffre d’affaires en ligne. 

L’incubateur devient alors une sorte de “labellisation” auprès des maisons du groupe LVMH à qui sera présenté le projet Ictyos, vivier de potentiels clients. Car l’enjeu est bien là. Si les consommateurs et les plus jeunes particulièrement sont déjà sensibles et sensibilisés à la cause de la durabilité et de la circularité (certains clients vegan comprennent et soutiennent même le fond de leur démarche), il reste aujourd’hui à convaincre les marques encore frileuses sur le sujet. 

L’industrie de la mode se questionne sur son impact. À la recherche de matériaux plus durables et responsables qui donnent du sens à leurs créations. Il s’agit donc d’accompagner le marché du luxe dans l’arrêt complet du cuir exotique (chez Ictyos le prix des peausseries est à mi-chemin entre cuir classique et cuir exotique), d’accompagner les marques dans leurs démarches RSE et d’innovation de matières… La marge de progression est énorme!

Aujourd’hui divers freins existent pour ces marques avant de passer le cap… l’un d’entre eux serait l’idée préconçue que le cuir de poisson sentirait mauvais ! Sur ce point-là, on vous rassure tout de suite, tout va bien, le cuir de saumon sent bon… le cuir! 

 

Longue vie à Ictyos! 

Elsa Chassagnette

Elsa Chassagnette

Consultante

Elsa accompagne des créateurs et des entreprises dans leurs réflexions vis-à-vis de la circularité, de la durabilité et de la réparabilité de leurs produits et/ou sur des problématiques opérationnelles grâce à la direction de projets événementiels. Elsa mène également un projet entrepreneurial B2B de revalorisation de textiles à destination de clients B2B, à visée sociale, solidaire, circulaire et locale.

Julien Faure: «Repartis dans un cercle vertueux!»

Julien Faure: «Repartis dans un cercle vertueux!»

Mondial Tissus veste en tissu recyclé, fabriqu
Julien Faure

Entreprise du patrimoine vivant, les rubans Julien Faure ont une longue histoire à dérouler et le bon sens d’autrefois devient un atout certain dans le monde d’aujourd’hui: on ne jette rien chez le créateur et l’on cherche à faire mieux.

Installée près de Saint-Etienne depuis 1864, la maison a connu des hauts et des bas. Que ce soit des crises sévères et des remises en question, comme toute la filière textile française…

«2014 a été un tournant pour nous, explique Julien Faure, le dirigeant. Nous avons choisi de nous concentrer sur la fabrication des rubans, notre savoir-faire d’origine, un savoir-faire d’excellence, en abandonnant le tissu jacquard qui nous faisait perdre de l’argent. Et nous nous sommes recentrés sur la clientèle de luxe. Avec l’essor du luxe, la volonté de fabriquer en France est revenue. C’était ringard pendant 20 ans; le monde a changé. Les clients viennent voir notre travail. Les maisons pour lesquelles nous produisons, viennent faire des reportages chez nous. Certaines nous font bénéficier de leur prestige, c’est important. Le made in France reverdit.

J’ai l’impression que le textile en France est une industrie d’avenir. Alors qu’il y a quelques années, c’était une industrie has been.

Les nouvelles marques françaises comme le slip français ou 1083 ont déclaré ouvertement fabriquer en France. Ils ont eu du mal à trouver des fournisseurs. Ils se sont battus et par effet d’entraînement, c’est tout un écosystème qui se développe

 

Et l’environnement dans cette histoire?

«Nous avons conservé les pratiques anciennes. Nos anciens étaient naturellement responsables, ils ne jetaient pas, n’emballaient pas n’importe comment. Nos enveloppes kraft pour expédier nos rubans sont cousues avec un fil depuis toujours. On a gardé la machine et la pratique ; c’est un atout maintenant! Notre ruban gros grain est enroulé tout simplement sur une bague cartonnée et expédiée comme cela. Pas de suremballage, ce sont des petits détails que l’on ne va pas changer.

Nous n’avons pas attendu les certifications pour bien traiter nos personnels par exemple ou travailler en circuit court. Nous n’achetons pas notre matière première en France parce qu’elle n’y est plus produite, mais là où elle se trouve. Par contre, le moulinage et la teinture se font près d’ici. Nous avons la certification GOTS pour la soie et le coton. Nous sommes également labellisés France Terre Textile et Entreprise du Patrimoine Vivant. On utilise la viscose issue de forêts FSC avec un fournisseur européen. Pour limiter les transports, nous livrons directement chez les sous-traitants des marques, souvent en Italie.»

Julien Faure présente son activité comme de l’artisanat industriel. Elle se définit par peu de perte et une grande durée de vie des produits. Les déchets de fils sont mis en sacs retraités par contrat avec un gestionnaire de déchets industriels.

 

Des voies de progrès

«J’aimerais trouver un circuit de transformation locale des rubans non vendables en fil. Nous recherchons des partenaires pour le retraitement des déchets de soie. Il y a des projets mais ils ne sont pas encore au point. Nos rubans sont souvent 100% soie ou 100% d’une autre matière.»

 

Pour le chef d’entreprise, le second point à traiter est celui de la formation.

«En production, nous n’avons plus les savoir-faire et nous n’avons plus de formateurs en ourdissage, en tissage. Il nous faut former nous-même les personnes.

J’ai la demande mais je n’ai plus assez d’offre. On a investi dans un outil performant. On a automatisé certaines tâches tout en conservant la façon de fabriquer, mais nous sommes contraints par la production. Nous sommes une petite équipe, une quarantaine de salariés avec un volume de travail en forte augmentation.»

Ce qui est nouveau et encourageant, c’est de constater que des jeunes veulent travailler dans le textile aujourd’hui, explique Julien Faure.

 

«Nous avons des ingénieurs textile qui viennent en stage chez nous. Je m’attends à une forte tension dans l’offre de formation.

L’industrie textile a failli mourir, il va falloir arroser beaucoup l’arbre aux jeunes pousses!»

Et ça tombe bien! Les Fashion Green Days sont l’occassion de fertiliser le terreau de la mode circulaire et l’entreprise Julien Faure nous soutient.

 

 

 

 

Sylvie Bourgougnon

Sylvie Bourgougnon

Créatrice de la marque Griffe de Louves, l’art du slouve en kimono.

Mondial Tissus: Sensibiliser à une consommation plus raisonnable grâce à la couture

Mondial Tissus: Sensibiliser à une consommation plus raisonnable grâce à la couture

Mondial Tissus veste en tissu recyclé, fabriqu

Marine Nagel Lacroix, directrice marketing et communication de Mondial Tissus depuis 7 ans, nous présente comment elle a insufflé un peu plus d’éco-responsabilité à l’entreprise. Tout en modestie, et sans basculer dans le greenwashing, cette diplômée d’école de commerce et passionnée de DIY a su relever le challenge avec brio ! Nous allons ainsi découvrir dans cet article comment elle réussit à porter les équipes pour remporter en 2020 le trophée de la mode circulaire.

Une entreprise lyonnaise quarantenaire!

Dans un premier lieu, il me semblait important de rappeler l’histoire de l’entreprise Mondial Tissus ! Replongeons nous en 1981 lorsque 2 frères Christophe et Didier Jacquard décident d’ouvrir 2 magasins de tissus de fin de stock à Dijon et Villeurbanne pour les vendre en libre service aux couturières passionnées. C’est un véritable succès!

L’entreprise se développe en ouvrant d’autres magasins. Entre confection sur mesure, mercerie, et loisir créatif, il y en a pour tous les goûts ! Malheureusement, après plusieurs rachat successifs par des fonds d’investissement, la marque finit par perdre son essence.

C’est alors qu’en 2010 Denis Levis reprend l’affaire et décide de tout changer : restructuration interne, rationalisation des stocks, réorganisation de la logistique, et surtout nouvelle définition de plateforme de marque.

Désormais, la marque se focalisera sur le DIY, son vrai cœur de métier ! Elle devient alors le référent des solutions tissus inspirantes. En somme, cela veut dire qu’à partir d’un projet tissu le client doit avoir toutes les solutions disponibles chez Mondial Tissus pour le concrétiser ! La marque propose donc de l’inspiration, du matériel (tissu et mercerie) et du service (atelier et confection sur mesure). Et avec plus de 88 sur 110 magasins en France à proposer des ateliers, on peut dire que Mondial Tissus avait déjà une véritable force de frappe pour communiquer en direct avec ses clients.

Et cette communication ne va pas rester seulement sur le DIY, c’est ainsi qu’on va voir dans cette deuxième partie comment elle va réussir à sensibiliser sa clientèle a plus d’éco-responsabilité

Une entreprise qui trouve sa place dans le monde de l’éco-responsabilité

Nous sommes avant la pandémie covid-19, après plusieurs années chez Mondial Tissus Marine Nagel Lacroix sent le vent de la réparation arriver. Avec beaucoup de conviction, elle propose à son équipe de poster des tutos autour de la réparation créative. Mais là, c’est la page blanche du côté de ses collaborateurs “Qu’est-ce qu’on peut bien raconter ?”.

Marine ne se décourage pas et porte le projet!

Et la persévérance fonctionne puisque au début du premier confinement l’entreprise se retrouve sans activité et décide de lancer un challenge récupération. C’est plus de 1200 publications qui vont être postées. Le message porté: “Des trésors se cachent déjà dans vos placards !”

La marque continue son cheminement avec l’arrêt des Black Friday, puis la création de tutos et d’ateliers physiques gratuits, la “Re’création”, lors des semaines du développement durable autour de la thématique de la réparation créative.

Tranquille Emile photo couveture
exemple de réparation créative

Voulant creuser le sujet, Marine décide en 2020 d’inscrire son entreprise au trophée de la mode circulaire dans la catégorie espoir grande entreprise.

Elle y présente 4 axes forts de l’entreprise dans son engagement:

  • L’offre bio: faire de la couture c’est permettre le choix de tissus plus responsables tout en choisissant un style qu’on aime !

  • Les ateliers: faire soi-même c’est prôner la slow consommation, et une production locale.

  • L’upcycling et la réparation : réparer ses vêtements ça peut être fun et permettre d’exprimer sa créativité tout en préservant la planète !

  • La seconde main: proposer de l’occasion à travers un système de récupération puis de revente des tissus des clientes qui ne les utilisent plus.

Pour porter cette candidature, Marine doit fédérer l’entreprise et lance des ateliers de coworking grâce au soutien de la direction. La force du collectif l’emporte, puisque la marque gagne le prix. A la clé un accompagnement par le cabinet Imaginable qui aide les enseignes dans leur transition écologique.

Mondial Tissus a aujourd’hui conscience de ne pas être parfait et que le chemin est encore long vers plus d’éco-responsabilité. Le but à travers toute cette démarche n’est pas de culpabiliser ses clientes. L’objectif est  d’ouvrir les possibles en offrant une alternative responsable au Prêt à porter. De plus, pour prouver que la couture engagée peut être aussi très fun et créative !

Alors si vous avez envie d’en découvrir plus sur l’engagement de Mondial Tissus et de ses futurs projets, je vous invite à venir aux Fashion Green Days les 7 et 8 juillet, en physique à l’Embarcadère de Lyon. Toute notre équipe vous y accueillera avec plaisir, sur inscription autour de la thématique de “La mode circulaire et éco-conçue”.

Louise Caissard

Louise Caissard

Styliste éthique, j’aide les marques de mode éthique et engagée à se lancer pour que demain la mode éthique ne soit plus une niche mais une norme!

Site internet : https://louisec.fr/

L’économie solidaire et circulaire: un avenir en commun dans la région Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA)

L’économie solidaire et circulaire: un avenir en commun dans la région Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA)

Mondial Tissus veste en tissu recyclé, fabriqu

Selon la dernière note d’opportunité de la CRESS (Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire) de la région AuRA, la mode circulaire est un secteur particulièrement dynamique et intrinséquement lié à l’économie sociale et solidaire. Dans les activités de réemploi, de tri, de collecte, de recyclage et d’upcycling de TLC usagées, en 2021, 240 acteurs ont été recensés. Parmi lesquels, il existe une diversité d’organisation: entreprises d’insertions, ressourceries, associations caritatives, ou de sensibilisation. En parallèle, 851 entreprises traditionnelles de fabrication de textile, linge de maison et chaussures sont implantés parfois depuis longtemps sur le territoire, représentant plus de 22 000 emplois. Pour y voir plus clair sur ce secteur en plein essor, nous avons intérrogé Violayne Le Borgne, responsable économie circulaire et transition écologique, au sein de la CRESS AuRA.

En tant qu’observatrice de l’économie sociale et solidaire, quelle place la mode circulaire occupe-t-elle?

“La filière textile fait parti des filières les plus dynamiques de l’économie sociale et solidaire et de la durabilité. Chaque jour, nous voyons passer de nouveaux porteurs de projets que nous accompagnons dans la durée. Nous réalisons une veille et avons une attention particulière dans l’appui au collectif d’acteurs. La note que nous avons publié, en 2022, vient témoigner de ce développement important (op.cit.).

Historiquement, le réseau des ressourceries, membre de la CRESS, a eu un rôle pionnier en matière de collecte, de réemploi y compris textile. Le point fort est que nous avons beaucoup d’acteurs du réemploi, du recyclage, etc. La plupart d’entre eux ont choisi l’économie sociale et solidaire comme mode d’organisation. Ce qui veut dire aujourd’hui que l’économie circulaire ne peut se faire, dans notre région, sans l’économie sociale et solidaire. Ces organisations ont un rôle majeur dans la réduction des déchets et sont présents en milieu urbain comme en milieu rural avec des spécificités. Par exemple, en milieu rural, nous observons des initiatives “multiflux” qui proposent des solutions de valorisations pour tous types de biens d’équipements (textile, objets, etc.)”

Quels sont les enjeux pour la mode circulaire en AuRA?

“Deux enjeux peuvent être identifier. Premièrement, comment augmenter le volume de textile collecté ? Seulement 40% aujourd’hui des textiles sont collectés. Il y a des gisements partout. Qu’il s’agisse des invendus, des stocks dormants, des chutes de tissus, … Capter ce gisement permettrait de diversifier les flux et de les rendre plus qualitatifs. Car aujourd’hui avec la conccurence des sites internet dédiés au réemploi, la qualité du gisement de textile collectée s’est détériorée. Par ailleurs, il y a par exemple des difficultés pour assurer le stockage des matières collectées par manque d’espace. Deuxièmement, il faut améliorer les solutions locales de valorisation. Aujourd’hui, comme partout en France, une partie des textiles collectées est exportée. Les débouchés locaux doivent se développer. Beaucoup d’initiatives émergentes concernent l’upcycling, la vente de vêtements de seconde main avec des boutiques à l’approche renouvelée (concept store).”

Comment contribuez-vous à répondre à ces deux enjeux?

“Pour répondre à ces deux enjeux, plusieurs leviers sont activés.

Le premier levier est l’appui au porteurs de projets .

Le deuxième levier est l’accompagnement pour une plus grande structuration de la filière du recyclage afin de changer d’échelle en matière de volume collectée et traitée. Ce changement d’échelle devrait permettre d’étendre le spectre des débouchés en particulier pour le recyclage industriel. Car en dessous d’un certain seuil, d’un certain tonnage, on ne peut pas intéresser les industriels qui refont du fil et du tissu à partir de textile.

Le troisième levier est la création de coopération entre la filière de la fabrication et celle du recyclage, pour augmenter l’usage des textiles usagés ou dormants par les entreprises concernées et pour augmenter et améliorer la qualité des gisements.

En d’autres termes, comment les excédents de l’un peuvent devenir les matières premières de l’autre ? Et inversément. Nous nous intéressons également à l’écoconception et aux modèles économiques alternatifs qui permettent de réduire les déchets à la source. Dans nos missions, au travers de rencontres et d’ateliers, nous favorisons le développement de ces coopérations et valorisons les initiatives issues de l’ESS. C’est pour cela que nous participons aux Fashion Green Days AuRA.”

Majdouline Sbai

Majdouline Sbai

Vice-présidente Fashion Green Hub

Tranquille Emile : Made in Rhône-Alpes

Tranquille Emile : Made in Rhône-Alpes

Les prochains Fashion Green Days se tiendront les 7 et 8 juillet à l’Embarcadère de Lyon et auront pour objet la mode circulaire et éco conçue. Aujourd’hui nous vous présentons Tranquille Emile,très bel exemple de marque éco-conçue, produite en circuit court et local.

Rencontre avec Quentin De Mauroy, cofondateur de la marque aux côtés de Olivier Amourous.

Tranquille Emile Quentin De Mauroy

Tranquille Emile, dont les bureaux sont situés aujourd’hui à Lyon, a été créée à Megève, il y a bientôt quatre ans. A la tête de l’entreprise de quatre personnes, un binôme: Olivier serial entrepreneur dans le domaine de la santé et Quentin qui a déjà travaillé pour de grandes marques de textiles. Leur envie commune: créer une marque de vêtements qui soit exemplaire du Made in France.

L’entreprise était en vente, ils ont racheté l’entreprise et apporté des fonds pour développer la marque.

Tranquille Emile est une jeune marque française de vêtements pour hommes, femmes et enfants.

Des tee-shirts, des sweats, des pulls, des maillots de bain … et en projet une doudoune en matières 100 % recyclées. Toute la chaîne de production se fait en France et notamment au sein de la même région: la région Rhône-Alpes.

En effet, les différentes étapes de fabrication des produits (tricotage, teinture, confection et personnalisation) se déroulent dans un rayon de 100 km en région Rhône-Alpes.

Seules exceptions à la règle du Made in France et du super local: les matières premières qui ne se cultivent pas ou très peu en France.

Le fil de coton bio est importé de Grèce, des États-Unis ou d’Inde en bobines de fil écru. Il est ensuite tricoté et teint en France, selon la norme Oeko-Tex. Cette dernière promet une teinture exempte de produits chimiques, nocifs pour l’homme et l’environnement.

Pour la laine, la marque a fait le choix de la laine italienne Miroglio, gage de qualité, mais aussi de la laine française. Elle participe ainsi au renouveau de la filière lainière française en produisant un pull 100 % laine française et naturelle, issue des moutons d’Arles.

Tranquille Emile photo couveture
Fidèle à sa démarche d’éco-conception, la marque est particulièrement vigilante quant à l’impact de chaque étape de fabrication. Fabriquer localement permet de limiter l’impact de la production grâce au mix énergétique français (aucun atelier n’utilise le charbon comme source d’énergie) et aussi d’éviter l’impact lié aux transports grande distance (pas de transport en avion ni en cargo).

En sus des préoccupations environnementales, Tranquille Emile attache aussi beaucoup d’importance au facteur humain. Ils font appel à des ateliers qui emploient des personnes en situation de handicap. Ainsi c’est environ 75% des vêtements de la marque qui sont confectionnés dans des ateliers qui favorisent leur insertion.

Interrogé sur la politique adoptée en matière de soldes Tranquille Emile pratique les Respon-soldes. Contrairement à certaines marques éco-responsables qui ne pratiquent aucune réduction. Puisque le vêtement qui pollue le plus, c’est celui qui reste dans un carton, les Respon-soldes se veulent être des soldes raisonnées sur une sélection de produits avec pour objectifs:

  1. De faire un peu de place pour accueillir la nouveauté et éviter que des invendus, comme les dernières taille XS ou XXL, restent dans des cartons et n’aient été produits pour rien

  1. Permettre à tous, via un prix attractif, de découvrir les qualités des vêtements made in France.

Tranquille Emile revient ainsi à l’origine même des soldes: écouler les stocks d’invendus de la saison précédente afin de les remplacer par de nouveaux produits, sans surproduire et sans opération commerciale agressive.Les intemporels ne sont ainsi jamais soldés. Les remises varient entre -10% pour les produits de la collection précédente, et jusqu’à -30% pour les produits des collections antérieures. Après deux années, si les produits restent malgré tout invendus, ils sont donnés à des associations qui s’occupent des sans-abris.

Tranquille Emile photo duo

Dans une démarche de produire au plus juste, la marque implique directement sa communauté pour produire mieux.

Régulièrement, celle-ci est sollicitée par la marque pour avoir un avis sur les produits les plus pertinents à développer.

C’est ainsi que sont arrivés dans les collections, le tee-shirt en lin mixte 100 % lin français et le maillot de bain pour homme.

La marque a aussi relevé le défi de la doudoune légère, devenue un incontournable du vestiaire masculin et féminin. Ainsi est née en 2019 l’Incomparable, une première doudoune intégralement fabriquée en France avec une certification Origine France Garantie. Une ouate Thermolite® référence de la ouate française, fabriquée en Normandie, associée à un tissu haute performance Sofiguard® déperlant et respirant, fabriqué en Isère.

Engagée dans une démarche d’amélioration continue, une deuxième version de la doudoune l’Incomparable a vu le jour en 2021. Il s’agît de l’Incomparable 2.0 et une version 3.0 est attendue pour l’automne prochain. Membre de Fashion Green Hub, Tranquille Emile croit à la puissance du collectif pour continuer de faire grandir le made in France. Un made in France bienveillant où les expériences des marques servent à d’autres et où les achats mutualisés permettent, grâce à des volumes de commandes plus importants et à leurs renouvellements, de participer à la conservation des savoir-faire et au développement du chiffre d’affaires des entreprises de textile françaises.

Quentin de Tranquille Emile interviendra lors des Fashion Green Day de Lyon le 7 juillet à 14h, sur le thème « Eco-concevoir pour réduire son empreinte environnementale ».

Patricia Calant

Patricia Calant

Fondatrice de la marque Pauz – des pièces essentielles en tissu éponge pour passer du bord de mer à la ville.

“Je crois en un vestiaire limité et polyvalent, fait pour durer”.

Les Tissages Perrin : Une entreprise familiale engagée pour une mode éco-conçue

Les Tissages Perrin : Une entreprise familiale engagée pour une mode éco-conçue

Quand on dirige une usine de tissage créée en 1929 en Isère, comment répondre au défi de préserver l’environnement près d’un siècle plus tard? Comment perpétuer un savoir-faire ancestral: fabriquer des étoffes précieuses, tout en s’adaptant aux besoins et aux contraintes du monde moderne? Aujourd’hui l’entreprise familiale PERRIN réussit le pari de continuer à produire mousseline, gaze, satin, crêpe, taffetas et autres tissus à base de soie pour la mode en réduisant son impact sur l’environnement. Comment y parvient-t-elle?

La question d’être performant et novateur chez PERRIN ne date pas d’hier. Il y a déjà au moins 40 ans l’entreprise décide de moderniser ses méthodes. Elle renouvelle tous les 10 ans ses métiers à tisser (une soixantaine dans l’usine de Grand-Lemps). Le but: consommer toujours moins d’électricité. En 2022, les métiers sont tactiles, plus compétitifs et moins énergivores.

La revalorisation des déchets par les Tissages Perrin

Se pose également la question des déchets. Dans un premier temps, l’entreprise a fait appel à un partenaire qui récolte cartons, papier, plastique pour les recycler… mais aussi chutes de tissu pour les transformer en matériau d’isolation pour les habitacles de voiture. Cependant, l’activité principale de l’usine résidant dans le tissage de la soie. Avec ces déchets nobles, il apparaît nécessaire de les valoriser davantage. Ce qu’on appelle les fausses lisières (qui correspondent aux bordures du tissu) sont ici en 100% soie. Ils représentent entre 2 et 3 tonnes de déchet par an.

Les tissages PERRIN mettent donc en place un système interne de collecte. Cette matière première est ensuite filée par un intervenant externe. On obtient ainsi un nouveau fil de soie, plus épais, moins doux et plus irrégulier que l’original mais écru (qui peut donc être teint). Ce matériau sert ensuite à fabriquer un tissu qui ressemble à du jean. Ce dernier est utilisé par une marque de mode réputée pour créer une collection capsule de pantalons et de blousons.

En ce qui concerne les rebuts de cachemire ou de laine (utilisés par l’entreprise en mélange avec la soie), ils sont retravaillés afin de créer une nouvelle étoffe. Ce matériau aux propriétés isolantes, plus noble que le polyester habituellement utilisé, est destiné à devenir la doublure de doudounes pour une autre maison de mode.

Les tissages PERRIN recherchent actuellement des solutions pour recycler intelligemment les autres matières qu’ils peuvent travailler : polyamide, polyester, viscose et élasthanne. La difficulté principale résidant dans la capacité d’un fil recyclé à être teint.

 

Vers des labellisations

On sait aujourd’hui que la mode et les consommateurs sont en demande de matières soit plus naturelles et moins néfastes pour la santé, soit moins polluantes car éco-conçues. Le PDG des tissages PERRIN avait déjà senti venir cette tendance il y a quelques années lors des salons textiles. Il entreprend donc de faire certifier certaines de ses collections. La mention GOTS (Global Organic Textile Standard) sur les tissus assure ainsi que les procédés de production et de transformation sont respectueux de l’environnement et contribuent au respect et à l’amélioration des conditions de travail, interdit l’utilisation d’intrants dangereux comme les métaux lourds toxiques, les solvants aromatiques, etc…  Le label Global Recyled Standard (GRS) permet de garantir des textiles recyclés avec le respect de critères environnementaux et sociaux (traçabilité des matières premières, production responsable, produits traités durablement, réduction de l’impact néfaste de la production sur les personnes et l’environnement…).

Abdel Belbaraka

Abdel Belbaraka

Directeur des Opérations chez Les Tissages Perrin

 

Les fabricants et distributeurs de mode, souvent sous la pression des consommateurs, se tournent de plus en plus vers des entreprises capables de transparence quant à leurs pratiques et activité. Le label Go for Good crée par les Galeries Lafayette valorisent des produits qui ont un impact moindre sur l’environnement. Ils soutiennent la production locale ou contribuent au développement social.

Les tissages PERRIN n’avaient pas attendu cette prise de conscience pour investir et se restructurer. En effet, ces valeurs correspondent à celles de l’entreprise depuis sa fondation au début du XXème siècle. Si elle a coutume de travailler de manière pérenne avec ses partenaires, développer de nouvelles collaborations, même pour de plus petits volumes, lui permet aussi de se challenger et d’aller encore plus loin dans ses responsabilités. Un client américain lui fait ainsi découvrir une procédure d’audit, le SMETA. Il compile les bonnes pratiques en matière de technique d’audit éthique.

On le sait, malheureusement la culture de la soie en France a disparu au XIXème siècle. Elle s’est délocalisée en Asie mais aussi au Brésil notamment. C’est là que s’approvisionnent les Tissages PERRIN en matière première. Pour tout le reste, leur activité se déroule en France et plus précisément en région Auvergne/Rhône-Alpes. La filature et le tissage sont réalisés en Isère tandis que la teinture est gérée depuis des années par son partenaire privilégié pour l’ennoblissement situé à côté de Lyon, berceau historique des canuts. Cette entreprise est elle-même engagée pour une mode circulaire.

On le voit, perpétuer un savoir-faire de tradition comme le travail de la soie n’empêche pas d’être à l’écoute des enjeux du monde actuel. En 2022, tisser ce produit d’exception destinée à la mode doit répondre à un cahier des charges de plus en plus exigeant, tant au niveau de la préservation des ressources naturelles que du respect des conditions de travail. Comme le dit ce proverbe chinois: «Avec du temps et de la patience, les feuilles de mûrier se transforment en robe de soie». On pourrait ajouter, en robe recyclable, dont la production a nécessité le moins de ressources et de produits chimiques possibles et dans des conditions de travail respectables.

Anne Hory Forest

Anne Hory Forest