Fleur de coton

C’est la fibre naturelle la plus utilisée dans le monde, et la deuxième fibre la plus utilisée dans le secteur du textile. Le Comité Consultatif International sur le Coton (ICAC) estime à 24,1 millions de tonnes la production mondiale du coton en 2020/2021 contre 40 millions de tonnes pour le polyester selon le Global Industry Analysts.

Aujourd’hui le marché du coton est confronté à des enjeux majeurs tant sur le plan environnemental que social.

Egreneur sac coton

Explications avec Grégoire Jacob, Member Manager au sein de la Fondation Earthworm. Earthworm est une organisation internationale à but non lucratif qui accompagne les entreprises dans la responsabilisation de chaînes d’approvisionnement. 

 

Un enjeu environnemental: l’eau, les pesticides et les OGM

L’impact du coton sur l’environnement est de différents ordres. Tout d’abord, la plante du coton nécessite une importante consommation en eau à certains stades spécifiques de sa croissance. Selon l’association Water Footprint Network, l’empreinte eau moyenne de la fabrication de coton est de 10000 litres par kilogramme. Selon l’origine, cela peut aller de 2500 litres à plus de 18000 litres!

Ensuite, il y a énormément d’enjeux autour des pesticides. La monoculture a tendance à se généraliser, ce qui a favorisé la propagation des ravageurs. On est en train de perdre les repères de la nature pour lutter contre ces nuisibles. Et ce d’autant plus que les OGM n’ont pas permis de limiter leurs dégâts comme initialement. Aujourd’hui environ 92% du coton est génétiquement modifié. Résultat, alors que les surfaces de coton ne représentent que 2% de la surface mondiale agricole, elles concentrent jusqu’à 25% de la consommation de pesticides.

Quid du coton bio?

Lorsqu’il n’est pas OGM, le coton peut être cultivé soit avec des semences traditionnelles soit des semences bio. S’il est souhaitable d’encourager le développement du coton bio, celui-ci représente à ce jour une part infime de la production (moins de 1%).

C’est encore difficile de garantir sa traçabilité. Tout au long de la chaîne logistique, depuis la récolte dans les champs de coton jusqu’au point de vente, il faut veiller à ce que le coton bio ne soit pas mélangé avec du coton issu de la culture conventionnelle. Cela contraint chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement à traiter de façon différenciée les deux types de plantes.

De manière schématique, voici le parcours.  Au début de la chaîne, il y a le champ de coton. Le fermier amène sa récolte à l’égreneur dont le rôle consiste à enlever les graines pour ne garder que les fibres blanches. Une fois cette séparation effectuée, l’égreneur va créer des balles de coton – sorte de bloc de coton d’environ 200 kg chacune- qu’il va envoyer à un filateur. Ce dernier transforme la matière brute en fil. Ensuite, le fil est envoyé dans une teinturerie, puis une usine de tricot ou de tissage. Enfin une usine d’assemblage, qui se charge de la découpe, la couture, d’ennoblissement ou bien encore des étiquettes. La marchandise est enfin livrée dans des entrepôts avant d’être proposée au consommateur.

La chaîne d’approvisionnement est donc très longue, ce qui entraîne potentiellement une opacité et une perte d’information.

 

Un enjeu social des conditions de travail jusqu’au travail forcé

L’autre enjeu majeur du coton est d’ordre social. Des deux façons de récolter le coton, en manuel ou en mécanique. Bien évidemment la première qui soulève de fortes problématiques sociales. En mécanique ce sont des machines qui passent à travers les champs et récupèrent les différentes fibres. Bien qu’intéressante d’un point de vue social, cette approche a néanmoins un impact sur les sols (tassement de la terre à cause des machines et utilisation d’exfoliants avant la récolte).

Mais en manuel ce sont des gens pliés en deux qui récupèrent les balles de coton et les mettent dans de grands sacs. Pour en avoir fait rapidement l’expérience sur le terrain, il s’agit d’un travail très physique et éprouvant réalisé sous de fortes chaleurs. L’enjeu social implique parfois du travail de jeunes adultes et du travail forcé. Ces problématiques varient selon le pays d’origine du coton.

L’Inde et la Chine fournissent 50% de la production mondiale de coton. Le reste provient principalement des États-Unis, Brésil, puis Pakistan, Turquie, Australie, Ouzbékistan, Afrique subsaharienne, Grèce, Pérou, Égypte… Chaque destination dispose de ses propres spécificités tant sur l’aspect social qu’environnemental.

En Chine, la majorité du coton provient du Xinjiang, une région qui a été fortement décriée. C’est une province où vit une minorité ouïghour martyrisée par le régime chinois. Il y a des camps de redressement, de rééducation, de stérilisations des femmes, on sépare les parents des enfants pour qu’ils ne parlent pas la langue locale. Si vous utilisez du coton issu de cette région, qui représente 80% de la production chinoise, vous êtes liés à ces pratiques.

Les conditions de travail ne sont guère meilleures dans certaines régions d’Inde, où les pratiques sont parfois assimilables à du travail forcé. Par exemple, certains États d’Inde font appel à une main d’œuvre temporaire à qui l’on confisque leur papier d’identité le temps de leur mission. Cela porte clairement atteinte à leur liberté de circuler. Les conditions de travail sont en outre très difficiles. Le tout s’apparente à de l’esclavage moderne.

D’autres pays producteurs de coton comme les États-Unis, la Grèce et l’Australie mettent en place une politique sociale plus respectueuse des droits humains.

En Grèce -8e ou 10e producteur mondial de coton selon les années – le coton est non-OGM. Cela représente 80% de la production européenne. Mais le travail de filature est le plus souvent réalisé dans des destinations lointaines où le coût de la main d’œuvre est très bas.

Le coton est également intéressant d’un point de vue environnemental et social dans certaines zones de Turquie, d’Inde et d’Égypte.

 

Vers plus de transparence de la chaîne d’approvisionnement

Beaucoup d’entreprises ignorent d’où vient le coton qu’elles utilisent. Elles ne font pas la démarche de le savoir.

Les marques ont toutefois la possibilité de s’appuyer sur les certifications pour s’assurer des conditions de production de la matière. Certains labels comme GOTS apportent de réelles garanties. D’autres posent davantage question. C’est le cas de Better Coton Initiative (BCI) qui laisse entendre des améliorations. Mais certaines études sur le terrain démontrent qu’il n’y a pas d’impact. Or ce coton est vendu aux consommateurs comme étant responsable.

C’est difficile pour le consommateur de savoir ce que chaque label garantit précisément.

Est-ce uniquement le volet social, environnemental ou les deux?

Afin de garantir des achats écoresponsables, nous estimons qu’il est plus pertinent de faire preuve d’une transparence complète sur toute la chaîne d’approvisionnement. Pour changer les mauvaises pratiques et favoriser le coton régénératif, les marques doivent pouvoir s’assurer de l’origine de la matière utilisée. À l’heure actuelle les entreprises d’assemblage achètent leur coton de manière opportuniste dans le monde entier. Un tee-shirt peut être fabriqué à partir d’un coton en provenance d’un État d’Inde et pour la collection suivante, d’une toute autre destination. Aussi les marques ne peuvent pas garantir l’origine de la fibre de leurs produits.

C’est la raison pour laquelle nous recommandons de connaître les chaînes d’approvisionnement jusqu’aux champs puis de les stabiliser. Il appartient aux marques de prendre position sur le coton qu’elles utilisent. Acceptent-elles d’utiliser le coton chinois issu du travail forcé ou non? C’est une question complexe, car, comme on l’a vu, la chaîne d’approvisionnement est très longue. Tout a été délocalisé et c’est difficile de maîtriser ce qu’il se passe dans des destinations lointaines.

Les marques ont néanmoins la possibilité de travailler de manière partenariale avec des filatures, des teintureries, des égreneurs, des agriculteurs et pas seulement l’entreprise d’assemblage.

Il faut que les marques mettent les mains dans le moteur pour s’assurer que la matière de leurs produits corresponde à leurs attentes. C’est la seule manière d’apporter des garanties au consommateur qui souhaite faire des achats écoresponsables.

Grégoire Jacob a participé à la table ronde Le coton va-t-il disparaître? lors des Fashion Green Days “Mode & Vivant” du 7 avril 2022. Inscription au replay ici.

Valérie Quélier

Valérie Quélier

Consultante en communication (graphisme et rédaction), fondatrice de la marque KelVal – Pour en savoir plus : www.kelval.com.

Partager cet article sur :