Voici un article au sujet de la marque Panapanà paru dans Hummade.

Avant d’être une marque de sous-vêtements et d’homewear, Panapanà est l’histoire d’une femme et d’une plante extraordinaires intimement liées : Elis Janoville, brésilienne installée en France depuis 13 ans, et une variété résiliente de coton biologique naturellement teinté qui ne pousse qu’au Nord-Est du Brésil. Une histoire affective, sensorielle et poétique qui donne beaucoup d’espoir et qui tient si bien dans cette citation de Jorge Luis Borges : “Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel, et non plus s’il existe une différence entre rêver et vivre.” 

Panapanà

« Je suis née dans une ville au milieu de nulle part »

Elis a passé la première partie de son enfance à João Pessoa, dans la région du Nordeste. Jusqu’à ses douze ans, elle vit une enfance joyeuse en lien avec la nature, au milieu d’une grande famille : « Mon père avait 12 frères et sœurs, et mes grands-parents vivaient à la campagne. Mon grand-père était homme sage-femme et guérisseur. J’ai été très marquée pendant mon enfance par les moments en famille avec mes 12 oncles et tantes et tous mes cousins, on était une cinquantaine en tout ! Le matin au petit-déjeuner, on faisait la queue pour le pain, pour le verre de lait, comme à l’école ! » (rires). 

 

Ses parents déménagent ensuite à Brazilia, où elle reste jusqu’à la fin de ses études de journalisme. Elle commence ensuite à travailler dans l’événementiel. Mais Elis a la bougeotte. En 2007, elle suit son petit copain français et s’installe à Paris, dans l’optique de faire une école de mode : « Toutes mes tantes savent coudre, faire du crochet et du tricot, et j’ai appris avec elles à faire ça. C’est quelque chose de très naturel chez moi. Et puis j’étais fascinée aussi par les vêtements des créateurs français. Quand je suis arrivée à Paris, je suis tout de suite allée à la Sorbonne apprendre le français et j’avais pris l’option « phonétique ». Ça a vraiment été extraordinaire d’apprendre la langue comme ça, de manière approfondie. Puis je suis entrée au Studio Berçot »

Toujours en mouvement

Sa formation de styliste en poche, Elis entre ensuite chez Isabelle Marant avec pour mission de réorganiser les archives de la Maison avant de passer en poste dans la production. Au bout d’un an, elle a besoin d’air, et repart pendant 6 mois au Brésil avec son nouveau compagnon qui deviendra le père de son petit garçon. 

De retour à Paris, elle redémarre à nouveau de zéro : « J’ai fait très souvent ça dans ma vie. Tout quitter, puis repartir de zéro. Et c’est vrai que je le fais avec une aisance un peu déconcertante… (rires) Mais en fait ce n’est jamais un retour à la case départ. D’ailleurs à ce retour en France, je suis retournée chez Isabelle Marant en tant que stagiaire, dans le développement cette fois, entre la création et la production. Vu que j’avais déjà bossé dans la boîte, ça en a étonné plus d’un ! Mais moi j’étais bien et je n’ai pas la place pour l’orgueil dans ma vie, sinon je n’avance pas », raconte Elis avec ce pétillement magique dans les yeux qui témoigne d’une envie d’apprendre insatiable. « Je suis partie au bout d’un an parce que je n’arrivais pas à me projeter, je ne peux même pas expliquer pourquoi. Et je suis rentrée aux Galeries Lafayette comme conseillère-styliste pour les clients VIP, je faisais des sélections pour eux et je les conseillais dans leurs choix », poursuit-elle. Elis devient ensuite maman en 2015, et c’est un autre tournant de vie pour elle.

Panapanà
Panapanà

Coton résilient 

Avant les années 50, le Brésil était le premier producteur mondial de coton, jusqu’à ce qu’apparaisse dans les champs un parasite se nourrissant des fleurs de coton. Très vite, la production s’est effondrée. Alors que le parasite ne parvient pas à être éradiqué des cultures, une autre variété de coton résiliente se met à pousser. Un coton très résistant, qui n’a pas besoin de beaucoup d’eau et pousse malgré la présence des parasites. Un coton blanc à l’œil nu mais comportant par endroit des filaments marrons, résultat de l’adaptation naturelle de la plante pour survivre : « Pour faire renaître une culture du coton dans la région, les semences les plus résistantes ont été croisées puis plantées. Et le coton est devenu de plus en plus marron au fil du temps. Les gens de la région ont choisi de le cultiver de manière biologique, ce qui n’est pas du tout une évidence au Brésil où l’usage des pesticides est très fréquent. C’est vraiment un choix qui vient du cœur, du lien organique que les habitants de la région ont avec la nature. Les producteurs de coton du Nordeste, c’est 400 familles aujourd’hui, et leurs champs, c’est leurs jardins. Ils se sont organisés en coopérative pour ramasser et vendre leur coton ensemble », explique Elis. 

C’est avec cette coopérative, Natural Cotton Color, qu’elle travaille pour développer Panapanà. Le coton des producteurs est ensuite filé dans l’institut gouvernemental Senai à João Pessoa, en cours de certification GOTS. Elis dessine ensuite ses modèles de sous-vêtements et la confection est également confiée à l’institut : « Panapanà, c’est une marque 100% fabriquée à João Pessoa, dans le respect des habitants et de leurs terres ».

Panapanà

La première collection de pièces « seconde peau » vient tout juste de sortir, minimaliste, magnifique, dans les couleurs naturelles du coton rubi et ses merveilleux dégradés de marron. Elis est déjà sur la seconde collection, à laquelle elle a ajouté la technique des imprimés botaniques, qui sont réalisés dans un petit atelier brésilien à partir de feuilles de goyavier et d’eucalyptus. Elle fait actuellement des recherches sur les teintures végétales, à partir de plantes de sa région, toujours dans le plus grand respect de l’écosystème, pour prolonger encore ce rêve-réalité gorgé d’optimisme, dans lequel on a envie de sauter à pieds joints à ses côtés.

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